Grand écart : petites notes prises le soir après la classe

Au hasard d'un réaménagement de poste, l'auteur, enseignante, est
envoyée dans un EREA - Établissement Régional d'Enseignement
Adapté - accueillant, de la 6<sup>e</sup> au CAP des jeunes en grande difficulté
scolaire. Celui-ci rassemble à Paris des élèves pour la plupart
franco-africains. Semaine après semaine ils vont trouver comment
arriver à vivre ensemble, dans ce lieu où chaque journée, chaque
heure, ne ressemble à aucune autre.
Première heure du matin. Nous venons de nous asseoir, j'ouvre mon
cahier d'appel. Un élève m'interpelle :
«Vous ne trouvez pas cela bizarre, je veux dire, ça vous fait quoi d'être
la seule blanche dans cette salle ?»
Je réponds que non seulement je suis la seule blanche, mais qu'en plus
je suis la seule adulte, et en plus la seule femme, ce qui me place à
plus d'un titre en position de minorité, mais que, si au début c'était
quelque chose que je remarquais, et même qui ne me quittait pas l'esprit,
maintenant je n'y prête plus attention, que je m'y suis habituée.
«Quand même, une école où on ne met presque que des noirs, vous
trouvez ça normal ?»