Spinoza ou L'athée vertueux

Si l'oxymore désignant Spinoza comme «athée vertueux»
est attribué à Bayle, le philosophe fait très tôt l'objet d'une
singulière réputation, mélange de fascination et de répulsion.
L'accusation d'athéisme, dont il se défend énergiquement, est et
sera formulée de toutes parts : au sein de la communauté juive,
chez les chrétiens et chez les philosophes, à commencer par
Leibniz. Dans le même temps, les témoignages concernant la vie
de Spinoza sont unanimes : même ses ennemis les plus acharnés
lui reconnaissent une existence moralement exemplaire. Voilà
l'énigme. Ou bien, en effet, on nie l'existence de Dieu et, par
conséquent, on est immoral ; ou bien on se conduit de manière
irréprochable et l'on n'est pas athée. Or beaucoup s'accordent
à dire que Spinoza est athée et, en même temps, vertueux. La
présente étude ambitionne de résoudre l'énigme. La première
difficulté réside dans son athéisme ou prétendu tel. La seconde
dans sa «doctrine de la vertu», pour parler comme Kant. Il s'agira
d'essayer de comprendre s'il y a une unité et, si oui, comment
elle se conçoit, entre sa conception de l'Être, celle de la vertu et
le comportement quotidien de l'individu Baruch Spinoza. Chez
un philosophe, l'écart entre la pensée et la vie ne serait-il pas
insupportable ?