Le silence pour obole. Obol de silenci

Tout leur fut arraché alors que l'avenir s'offrait à eux comme
un beau fruit ouvert : la vie qu'ils portaient «tel un brin d'herbe
entre les dents» ; l'espoir qu'ils partageaient aux champs avec leurs
compagnons de labeur ; Majorque, leur terre chérie, battue de
vents marins ... Et comme si ce scandale n'avait pas suffi à apaiser
les haines on a déposé sur leurs lèvres en guise de viatique pour
le dernier voyage une «obole de silence» : tel fut le destin de ces
victimes innocentes qui, du fond de leur sépulture désolée,
tendent depuis des décennies leurs mains décharnées vers les
vivants, implorant que leur martyre ne soit pas oublié ni leurs noms
pour toujours effacés des mémoires.
Il fallait un homme de justice et de coeur pour entendre cet
appel ; il fallait un poète pour s'en faire l'écho. Jaume Mesquida a
su être cet homme et ce poète : il a saisi au vol la rumeur sourde
qui s'élevait des profondeurs et en a fait jaillir une voix, celle
d'hommes simples, sauvagement réduits au «silence aride» de la
mort, mais dont les noms sont désormais grâce à lui gravés sur les
pierres des sentiers et dont le destin, par la parole transmise, peut
enfin habiter le monde.
Jaume Mesquida, enfant de Manacor, rend ici un magnifique
hommage à sa terre puisqu'il fait d'elle le lieu apaisé de la réconciliation
possible entre tous les hommes, morts et vivants, qui y
demeurent.