Ce que vous voyez est ce que vous voyez : tautologie et littéralité dans l'art contemporain

«Ce que vous voyez est ce que vous
voyez» est la formule que le peintre
américain Frank Stella a utilisée en
1964 afin de justifier sa pratique
picturale abstraite que les critiques
de l'époque ont rapidement nommée
«art minimal». Car il s'agissait,
pour lui,
d'inventer une nouvelle forme
artistique qui réduisît l'oeuvre à ses
éléments les plus simples, les plus
matériels et les plus visibles au
point de n'être plus qu'une entité
purement objectale ne s'identifiant
qu'à elle-même. Par ce geste
et cette formule, l'art minimal et
littéraliste de Stella mais aussi
de Robert Morris, de Carl Andre
ou de Donald Judd rejetait d'un
coup la définition traditionnelle
de l'art comme imitation, expression,
symbole ou métaphore à
interpréter. Il impliquait aussi une
radicale reconsidération de l'art et
de son histoire à l'époque moderne
(au moins depuis l'émergence de
la photographie et de l'impressionnisme
d'Édouard Manet) que
ce livre collectif entend explorer.
En nouant les discours de l'esthétique,
de la critique, de la philosophie,
de l'histoire de l'art et de l'art
lui-même, l'ouvrage analyse les
enjeux d'un moment important de
l'art du XX<sup>e</sup> siècle. Profond à force
de créer des surfaces seulement
visibles, réflexif à force de vouloir
réduire l'oeuvre à une simple chose
parmi les choses, «l'art minimal»
- puis «l'art conceptuel» - nous
interroge et nous inquiète au sujet
de la nature, des opérations et de la
fonction de l'art
d'aujourd'hui.