Il était une fois un caméléon nommé Kérékou

Au total, près de trois générations de Béninoises et de Béninois seront
passées par le moule du Général Mathieu Kérékou au cours de ses
vingt-sept années de règne. Il y a eu celle d'avant le 26 octobre 1972,
date à laquelle, à la tête de quelques officiers de l'armée dahoméenne,
Mathieu Kérékou alors lieutenant, mit fin à l'instabilité politique qui a
caractérisé la première décennie postindépendance et a valu à ce
pays, le qualificatif peu flatteur «d'enfant malade de l'Afrique».
Il y a eu ensuite la génération de l'Ecole nouvelle ; celle
qui est née pendant la révolution et qui a grandi avec elle. Cette
génération aujourd'hui quadragénaire n'a connu qu'un seul président
de la République jusqu'en 1991. Avec elle, et au milieu de la tempête
révolutionnaire, est arrivée la génération des jeunes Béninois issue de la
conférence nationale de février 1990. L'intermède salutaire mais hélas
furtive de Nicéphore Soglo (1991-1996), a marqué les esprits et brillé
par son succès incontestable au plan économique.
Entre son prédécesseur Nicéphore Soglo, actuel maire
de Cotonou, et son successeur Boni Yayi, en proie aux turbulences
d'un règne pathétique riche en scandales de tous genres, le Général
Kérékou n'a jamais été aussi populaire que depuis qu'il s'est retiré de la
vie politique. De fait, l'homme qui s'est affublé du sobriquet énigmatique
de caméléon reste sans conteste aujourd'hui, celui qui aura marqué les
esprits, au cours des quarante dernières années de la vie politique au
Bénin.