En découdre : comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société

Alors que depuis la fin des années 1990, le monde
ouvrier revient sur le devant de la scène avec des luttes
de plus en plus dures (occupations, séquestrations,
grèves de la faim, menaces de faire «sauter l'usine»,
etc.), le rôle joué par les femmes a été passé sous silence. À la
différence des hommes, elles ont souvent effectué leur carrière
entière dans la même usine et subissent de plein fouet l'épreuve
des restructurations ou de la liquidation pure et simple.
Qui sont ces femmes décidées à «en découdre» ? Ayant commencé
à travailler après 1968, elles n'ont plus grand-chose de
commun avec leurs mères : elles ne sont ni fatalistes ni résignées.
Grâce à leurs combats, de nouvelles lois ont révolutionné le travail
et, plus largement, la société. Elles ont obtenu d'être reconnues
comme des salariées à part entière, et non pas comme des subalternes
devant se contenter d'un salaire d'appoint. Elles ont mis
en cause le pouvoir des petits chefs disposant d'un quasi-droit de
cuissage. Elles ont donné sa dignité au travail en usine jusqu'alors
considéré comme dégradant pour une femme. Elles ont changé
le fonctionnement syndical en refusant de tout déléguer aux
hommes. Les syndicats ont été obligés de prendre en charge des
questions comme la contraception, l'avortement ou le partage des
tâches familiales.
Fanny Gallot s'est appuyée, entre autres, sur les témoignages
précis des femmes engagées dans cette lente et profonde révolution.
Elle raconte leurs histoires surprenantes et émouvantes,
comme celles des ouvrières de Chantelle et Moulinex dont les
luttes ont marqué l'actualité.