Le vent des libertés soulevait la terre

À La Rudel, petite bourgade coupée du monde, Céline
s'est assumée seule très jeune. Quand Athanase, son
père, courait la forêt, elle s'occupait de sa grand-mère,
des bêtes et du moulin familial. Alors que le parfum
du modernisme effleure La Rudel, la rencontre de
Mme d'Esternon ouvre de nouveaux horizons à la jeune
femme. Son amie lui apprend à lire et la convertit à
ses idées féministes au grand étonnement d'Athanase et
de Gilles Bordier, jeune commis aux dents longues qui
a succombé au charme de la demoiselle.
«Personne ne décidera jamais pour moi et je ne serai
jamais soumise à qui que ce soit», dit-elle.
Doublement décontenancé par l'étrange beauté de cette
fille et par son discours désarmant, Gilles Bordier
ne savait plus quoi dire. Allait-il laisser filer une telle
occasion de conquête ?
«Et l'amour, là-dedans ?» demanda-t-il bêtement.
Elle posa sur lui un regard si étonné et si rieur
qu'une fois de plus il ne vit que la lumière de ses grands
yeux noirs et l'éclatante beauté de ce visage.