Un nouveau monde amoureux : célibataires et prostituées au XIXe siècle : essai

Ce sont Fantine des Misérables , Fleur-de-Marie
des Mystères de Paris , Marthe de Huysmans ou Nana
de Zola, mais aussi «Olympia de la rue Mouffetard»
ou Sarah Bernhardt. Toutes, figures littéraires ou
historiques, elles sont actrices au théâtre ou jouent
leur rôle sur le boulevard. Prostituées au grand coeur,
éblouissantes idoles ou putains vénales, vêtues
et fardées de couleurs éclatantes, elles s'avancent.
Bottines à talons, bas de soie cerise, les
«insoumises» glissent, dansent, roulent avec leurs
poids de jupons brodés, et, sur les trottoirs d'asphalte,
elles dardent leur regard sous leur chapeau et
battent le pavé. Aux terrasses des cafés, dans les bals
publics, sur les champs de courses et dans les
théâtres, le spectacle des filles indigne les pères de
famille et les préfets de police, mais fait la joie des
flâneurs, et des célibataires. Eux aussi vivent la nuit
et s'exhibent sous les becs de gaz. Ils s'appellent
Nerval, Baudelaire, Flaubert, les Goncourt, Stendhal
ou Rimbaud.
Artistes bohèmes et filles publiques ont des destins
étroitement imbriqués. Ils forment, au dix-neuvième
siècle, un couple considéré comme monstrueux
par la pensée bourgeoise. Dans une réflexion sur
l'indépendance, la différence et l'invention amoureuse,
Laure Katsaros évoque les hauts lieux de la
prostitution parisienne au dix-neuvième siècle et
le mélange de peur et de fascination que suscite le
nouveau monde amoureux des dandys, des grisettes
des boulevards ou des filles de bordel aux yeux
charbonneux et aux chairs débordantes et sensuelles.