Août 1893 : en bicyclette au bocage vendéen : notes et impressions

«[...] sous ce sombre Bocage de la Vendée, on rencontre à
chaque pas une foule de paysages délicieux, de vues pittoresques
et variées, de cascades fraîches et limpides ; rien n'y manque, pas
même les ruines ; la plupart, il est vrai, tristes vestiges des discordes
civiles, mais qui, pour n'être pas antiques, n'en rappellent
pas moins de grands et impérissables souvenirs.
Pour parcourir avec fruit et comme il le mérite ce Bocage aux
aspects si romantiques, il est indispensable d'user d'un mode de
locomotion pratique avant tout, autant qu'agréable.
Il est une sorte de véhicule aujourd'hui fort en honneur, qui
semble assez bien répondre à ces deux conditions : je veux parler
de ce petit cheval d'acier, qu'en des termes moins recherchés
on nomme la Reine-Bicyclette.
[...] À pied, comme en bicyclette - avantage considérable -
on ne dépend que de soi. On part à son moment, on s'arrête à sa
volonté. On fait tant et si peu de chemin qu'on veut. On observe
le pays à sa guise ; on se détourne à droite, à gauche, tantôt pour
saluer de plus près une vieille tour couronnée de lierre et entrevue
d'en bas sur la colline ; tantôt pour s'enfoncer dans un bosquet
ombragé, où brille, au milieu des fougères, un ruisseau jaseur,
dans les eaux limpides duquel les oiseaux viennent se désaltérer
et tremper leurs ailes en passant. On examine en un mot tout ce
qui flatte ; on s'arrête à tous les points de vue.
On peut ainsi prendre le chemin le plus pittoresque ; c'est
quelquefois le plus long, mais c'est du moins celui qui plaît le
mieux. On va plus lentement peut-être, mais on se promène en
voyageur intelligent... [...]»