La ballade de Rivière-Eternité

«Comme dans le petit port crétois, le jour où
nous avions filé en Grèce, je les ai trouvés
assis sur le quai, les pieds se balançant au-dessus
du vide. Will était lancé dans un long monologue
et je voyais John rire et lui taper sur l'épaule. Rassuré,
je me suis assis près d'eux.
- Nous partons demain à Saint-Malo, Sam. Fais
ton sac, ce soir.
J'ai approuvé et me suis relevé en disant que
j'allais voir les horaires des bus et des trains.
- Reste assis, a dit John en retenant mon bras,
on y va à pied...
Ils souriaient bêtement, contents du tour qu'ils
me jouaient.
- Non, mais... vous êtes fous ou quoi ? On en
a bien pour un mois !
- Mais non, deux à trois semaines. Un peu plus
si tu as des crampes.
Cette fois, Will a éclaté de rire et j'ai compris
que John faisait ça pour lui. J'ai compris aussi que
cela ressemblait au bouquet final d'un feu d'artifice
et j'ai eu mal.»
Avant de s'effacer, John Aldwin et William
Turtle, deux vieillards, légendes du blues, entraînent
Sam dans un ultime voyage mouvementé. À
ce jeune musicien new-yorkais, ils révèleront peu
à peu les secrets des hommes qui ont façonné leur
musique ainsi que le secret, plus lourd, qui a façonné
leurs vies.
La Ballade de Rivière-Éternité est la dernière
chanson de deux musiciens, chantée par un Sam
décontracté, goguenard, tendre ou râleur.