Abdelkader Benchamma : le soleil comme une plaque d'argent mat

Le Soleil comme une plaque d'argent mat. En écho évanoui
à ce titre mystérieux, les dessins d'Abdelkader Benchamma
agissent sur nous en un paradoxe troublant. La grande précision
du trait, la virtuosité presque déconcertante de l'artiste,
le jeu de mouvement cohérent entre une composition envisagée
de loin puis perçue dans ses détails, engendrent finalement
des formes, des sujets, des univers que nous peinons à décrire,
qui nous glissent entre les mots lorsque nous tentons de nous
les approprier. Ils ne sont pas abstraits pour cette première
raison, ils ne sont pas figuratifs pour la seconde. L'impression
de flux, de transformation à l'oeuvre, alors même qu'ils sont
achevés, crée un sentiment non de malaise ou de flottement
ivre mais bien d'émerveillement, halluciné et pourtant évident.
Les dessins sont éphémères - à même le mur - ou pérennes,
un papier, une toile, immenses ou précieux, jetés et intuitifs à
la manière de drippings ou ciselés avec obsession.
L'installation, quant à elle, offre au Carré Sainte-Anne une
théâtralisation à laquelle aucun artiste n'avait encore songé.