L'été de la honte

«Mais les villageois n'étaient pas naïfs : la peur grandissait
dans leurs coeurs. C'est alors que le bâtard, qui sautillait
sans cesse autour de lui, colporta la nouvelle qu'Isak
cherchait une odeur et ne parvenait pas à la trouver. Sans
perdre de temps, les villageois se mirent à courir les champs
et les étables, flairant le sol, les fleurs, l'air et les pierres. Ils
se penchaient au-dessus des haies, grattaient les racines, se
glissaient dans le foin. Puis ils commencèrent à lui apporter
des pommes pourries, des pommes de terre frites, du basilic,
de l'absinthe, des chiffons brûlés, de l'hydromel, dans l'espoir
qu'en humant tout cela la mémoire lui reviendrait. Il
hochait la tête : tout était vain. Ils comprirent alors, désespérés,
que tout espoir était perdu, car ils n'avaient pas d'autre
moyen de se mettre en valeur et de gagner son amitié.»
Radiographie sans pitié d'une communauté déchirée
par la bêtise, l'envie, la couardise, dont parfois le prêtre,
un étonnant ennemi de Dieu, dresse le portrait prophétique.
L'action se déroule dans un village de montagne où
les plantes et la poussière ont leurs odeurs, sur une terre
abandonnée par l'amour.