Et si l'Afrique était malade de ces intellectuels ? : contre-vérités sur le discours fondateur de Dakar

En 1962, l'agronome français René Dumont, face aux choix de
certains pays africains fraîchement indépendants, s'en allait d'un constat
sans appel : « L'Afrique noire est mal partie ». Une certaine « élite
intellectuelle » lui reprocha son afro-pessimisme militant. Aujourd'hui,
l'état de l'Afrique ne donne-t-il pas raison à René Dumont ? Dire en
2007 que «l'Afrique n'est pas assez entrée dans l'histoire», trois ans
avant la célébration du cinquantenaire des indépendances africaines,
c'est formuler autrement les concepts de sous-développement et de
progrès qui veulent bien dire que l'Afrique, sur bien des points
essentiels, est en retard par rapport aux autres régions de la planète, et
porte en elle les moyens de changer le cours dramatique des événements.
Les polémiques d'historiens, l'indignation sélective et le sommeil
dogmatique d'une «certaine opinion dite intellectuelle», la diversion
savamment entretenue par certains médias ne changent rien à la réalité
tragique de ce continent et ne tiennent pas lieu de projet pour une autre
Afrique. Encore moins ce refuge pathétique dans le passé qui consiste à
brandir l'Afrique des royaumes et des empires médiévaux chaque fois
qu'il est question de relever les défaillances africaines actuelles ou la
faillite de son leadership intellectuel et politique. Pourquoi ces mêmes
intellectuels, si prompts à se retrouver dans des ouvrages collectifs
contre le discours de Dakar, ne se mobilisent pas autant face aux
tragédies qui se déroulent à leurs portes, à l'instar du Darfour, des
récentes émeutes racistes en Afrique du Sud ? Pourquoi pas autant
d'ouvrages de prospective sur l'avenir de la présence chinoise en
Afrique ? Pour l'auteur du tout premier essai sur le discours de Dakar,
cette levée inopportune de boucliers contre ce discours plus que jamais
opportun, confirme la nécessité, pour les jeunes générations, de porter
sur les réalités africaines actuelles un regard lucide, de s'armer de
volonté et d'imagination pour imprimer un autre cours au devenir du
continent africain.