Françoise Giroud : une plume engagée à l'Express : les éditos

Indomptable Giroud. Que Jean-Jacques Servan-Schreiber surnommait
affectueusement «la Panthère». Elle a trente-sept ans lorsqu'elle s'associe
avec JJSS pour fonder L'Express , en 1953.
Jacques Duquesne, qui collabora au journal de 1967 à 1971, convoque
les souvenirs. Il esquisse le portrait d'une patronne de presse passionnément
éprise de son métier, perfectionniste jusqu'à l'obsession, dotée
d'un esprit vif et d'une plume talentueuse. Une femme de tête à la personnalité
complexe, élégante jusqu'au bout des ongles. Il fait renaître
la vie du journal, l'effervescence qui y régnait, les crises et les succès.
Surtout, il saisit le climat intellectuel et moral de l'époque, ses enjeux
historiques, politiques et sociaux.
L'ancien rewriter du news - qui en sera plus tard le président du
conseil de surveillance - commente ici une large sélection d'archives,
qui réunit les éditoriaux les plus marquants de Françoise Giroud. Par
leur caractère engagé et éclairant, ceux-ci offrent un regard d'une rare
acuité, sur les événements qui bouleversèrent le troisième quart du XX<sup>e</sup>
siècle, à savoir la présidence de Charles de Gaulle, la guerre froide
et ses tensions internationales, la vague contestataire de Mai 68, etc.
De ces articles, s'élève la voix de Françoise Giroud, libre, excellant
dans l'art de la chute - on se souvient du fameux « On ne tire pas sur
une ambulance » - capable, aussi, d'une ironie mordante : « La pilule
enlaidit ? Allons bon... Et l'hypocrisie ? ». Se profilent ses combats
contre la guerre d'Algérie, l'arme nucléaire, la peine de mort, mais
également sa vigilance constante portée à la liberté d'information et à
la cause des femmes. Ce qui la conduisit à entrer en politique, en 1974.
Une leçon de courage, d'impertinence, qui résonne encore aujourd'hui
d'une étonnante actualité.