L'humain entre institution et destitution : rencontre entre l'histoire personnelle et l'institutionnalité

A une époque où notre civilisation souffre d'un processus de désymbolisation toujours plus grave, ce dont les multiples phénomènes de violence sont le symptôme, il est nécessaire de reprendre conscience de ce qui institue l'homme dans son humanité : c'est le rôle de la fonction instituante, symbolisante, dont l'homme occidental se plaît imprudemment à dénier l'existence.
La fonction symbolisante est ce qui permet à un individu, à un groupe, d'intérioriser l'écart qui le sépare de l'absolu, en d'autres termes, de renoncer à la toute-puissance, à l'illusion de maîtrise totale sur le réel, sur soi, sur les autres, le destin, la vie... Et c'est ce consentement conscient et inconscient au fait que nous ne puissions pas tout avoir, tout maîtriser, tout être qui nous humanise ; il est synonyme d'intégration de la dimension du respect. Le contraire de cette dimension, c'est l'absolu, qui est clôture, fixité, violence, le non-humain en nous, le diabolon qui nous coupe de nous-même et des autres, qui tue le symbolon, le partage qui relie.
Comment l'individu et le groupe s'articulent-ils en fonction de cette fragile mais indestructible dimension symbolique à laquelle nul homme n'échappe ? Qu'est-ce qui, de la structure groupale plus ou moins humanisante ou destituante, et de l'inconscient de l'individu plus ou moins institué, se rencontre ? C'est ce que cette enquête, qui porte sur la trajectoire personnelle et familiale d'élèves de l'ENS de Fontenay/St-Cloud, s'est donné pour but de découvrir. Il s'en dégage une logique générale de l'ordre symbolique dont la connaissance nous permettra de mieux le respecter : ainsi l'arme intellectuelle, que notre culture a tant absolutisée au détriment des autres dimensions de l'humain, pourrait-elle se convertir en procédure de resymbolisation.