Emile Digeon (1822-1894) : l'itinéraire singulier d'un communard

L'histoire a retenu qu'Emile Digeon a été, en mars 1871, le chef de
la Commune de Narbonne. Mais on savait peu de choses sur sa vie
avant et après cet épisode révolutionnaire de huit jours. A la suite de
recherches approfondies dans des fonds d'archives publiques et
privées, en France et à l'étranger, l'auteur lève le voile sur l'existence
romanesque de cet Audois, né à Limoux et mort à Trèbes.
Déporté avec son père en Algérie en 1852, il s'enfuit aux Baléares
où il épouse à Palma une riche veuve, amie de George Sand et de
Chopin, y exerce le métier de banquier et participe en tant que tel au
financement du percement du canal de Suez. Revenu en France après
un exil d'une vingtaine d'années, il milite dans le mouvement
socialiste puis anarchiste en se fixant un objectif précis : l'union de
tous les révolutionnaires. Ami de Louise Michel, Jules Guesde, Louis
Blanc, il entretient avec eux une correspondance qui revêt un double
aspect : politique et intime.
Toutefois, il n'évoque jamais ses années d'exil. N'assumait-il pas
la contradiction, réelle ou non (au lecteur d'en juger), entre ses
activités à Palma de Majorque et son militantisme révolutionnaire ?
Une question, parmi d'autres, que pose la vie d'Emile Digeon, mort
dans un dénuement physique et matériel, oublié de ses compatriotes.
L'itinéraire singulier de cet ardent et intrépide républicain du XIX<sup>e</sup>
siècle mérite qu'il ait été tiré de cet oubli.