In memoriam N.K.

Parfois, j'imagine que Nicodemus Krapstick n'a jamais
débuté ce fameux film, qu'il a lancé une rumeur,
savamment mise en place, et que tout le monde a
plongé. À l'annonce du projet, les critiques
cinématographiques du monde entier n'y croyaient
pas. D'ailleurs, personne n'y croyait. Vingt ans que
cet artiste entretenait le mythe d'une hypothétique
sixième oeuvre. Et brusquement, le désir se
matérialisait, prenait racine dans les esprits et dans
les âmes. Le film était attendu, comme sans doute
aucun autre film n'avait jamais été attendu dans
l'Histoire du Cinéma. Je me prends à penser que mon
existence entière se justifie par ce seul moment, que
rien d'aussi fort ne l'a remplie. Krapstick m'a happé
avec ses films précédents, il m'a peu à peu attiré dans
sa toile de celluloïd. J'ai cru que je m'en sortirais
indemne. Je me croyais libre de mes mouvements,
mais paradoxalement j'étais attaché, sans pouvoir
me défaire de cette emprise.