Broussaille de prose et de vers (où se trouve pris le mot paysage)

Je sais aussi, j'en fais l'expérience dès que j'aligne trois mots, que
le plus vrai dans ce que j'écris c'est en fait ce mensonge qui se montre
non seulement dans les maniements formels de la langue, mais
dans toute la matière de celle-ci, dès que j'entends l'écrire, c'est à
dire la versifier ou la proser. Cette fausseté (et laisse-t-elle vraiment
paraître au moins cela, qu'elle est fausse ?) n'est-ce pas elle qui constitue
la trame de ce que serait mon style ? Le style comme ce qu'il
y a de plus faux dans une écriture ? Et de plus vrai, dans la mesure
où c'est pas possible d'écrire autrement qu'empêtré dans le mensonge.
Mon style : ça devient peu à peu ma vraie façon de mentir, mais
encore faudrait-il pouvoir lui garder une fraîcheur de mensonge
ou que reste agréablement dosées, ou proposées de façon surprenante,
sa part de mensonge rusé et celle de mensonge naïf. Le
mieux étant peut-être de n'y pas penser (en tout cas pas trop)
quand justement on se mêle d'écrire.
J. S.