Pascal Quignard : la fascination du fragmentaire

Pascal Guignard
La fascination du fragmentaire
La singularité des Petits traités, l'oeuvre majeure de Pascal Quignard où se cristallisent les points forts de sa pensée et de sa sensibilité poétique, suscite le désir de définir la problématique de l'ouvrage en évitant toutefois de le réduire à des schémas interprétatifs.
Le problème de la Fascination du fragmentaire est déployé en trois temps. La première partie, Rhétorique du fragment, vise à décortiquer la rhétorique spéculative et à souligner la discontinuité narrative supposée par le fragment. La deuxième, Poétique du mythe, - à relever les enjeux du mythe qui assure la continuité du récit fragmentaire. Et finalement, la troisième, Eclats esthétiques du fascinant : regarder, écouter, lire, - à éclairer le fonctionnement de la fascination du sujet par l'Autre qu'il regarde, écoute, lit.
Ainsi, l'effet de fascination des Petits traités est dû au bouleversement des attributions conventionnelles d'identité et d'existence qu'ils provoquent. Quant au fragment, il représente pour l'écrivain le dépôt laissé par le mouvement de la pensée. A la fois trace et négation d'une mémoire particulière, par lesquelles on accède à l'originel en empruntant la voie de l'anamnèse, le fragment renvoie à l'absence. Témoin de l'échec de toute tentative de remplir le vide, d'échapper au rien, de tromper la mort, il permet de pénétrer d'une manière adéquate dans la structure même de l'oeuvre. Le fascinus, qui s'y incorpore par l'instant, devient le trait essentiel du fragment. Le mythe, qui s'évertue à établir un lien entre là parole et le silence, assure l'articulation narrative de la succession de fragments.