Albert Camus, le temps, la peur et l'histoire

Le temps, la peur, l'Histoire. Trois parmi les grands
thèmes qui imprègnent et irriguent la pensée, l'oeuvre
et l'action de Camus. Trois des grands thèmes qui permettent
ainsi de réfléchir sur le monde - certainement
- mais surtout sur notre rapport au temps, celui
dont nul n'a totalement la maîtrise, et que l'on subit si
l'on ne prend pas la pleine mesure de ce qu'il permet
de réaliser dans l'intégrité de l'être et de la pensée.
Sur notre sens de la peur : elle est constamment
présente, mais il est nécessaire de la dominer par la
force des convictions et des actes qui défendent la
liberté, la dignité, le respect d'autrui et celui des lieux
qui nous entourent, donc de nous-mêmes. Cela peut
«faire peur», tant l'effort est intense, mais cela est
incontournable, philosophiquement, humainement et
politiquement.
Sur notre chemin dans l'Histoire, celle qui n'est pas
écrite par fatalisme, mais celle qui emprunte sincèrement
les voies du témoignage, donc de l'action. Le
chemin n'est ni étroit, ni sinueux : il est d'autant plus
ouvert que nous saurons (savons ?) lui donner la sûreté
et la fermeté du pouvoir qui est ici le nôtre, celui de la
rigueur, de «l'ascèse» écrivait Camus dans ses Carnets.
En ces domaines et dans ces directions, individuellement
assumées, rien n'est donné, rien n'est aisé. Mais
rien ne justifierait de baisser les bras et de ne pas aller
vers l'autre. C'est la leçon de Camus - non, pas la
leçon : l'exemple. À ces conditions se révèle et s'amplifie
la beauté du monde.