La littérature des ravins : écrire sur la Shoah en URSS

L'extermination des Juifs par les nazis sur les territoires occupés
de l'URSS - soit près de la moitié des victimes de la Shoah - est
restée longtemps méconnue. Les massacres de masse ont eu lieu le
plus souvent dans des ravins, aux abords des villes, à la mitrailleuse, et
les témoins ont donc été innombrables. Certains ont écrit pour que les
victimes ne soient pas oubliées, mais leurs textes ont été manipulés ou
étouffés par les autorités : la censure a empêché qu'advienne l'«ère du
témoin» qu'a connue l'Occident après la Seconde Guerre mondiale. Ils
n'ont pu atteindre leurs lecteurs, à l'Est comme à l'Ouest. La mémoire
officielle imposée par le pouvoir soviétique a gommé la spécificité de ce
qu'ont enduré les Juifs, effaçant une seconde fois les traces du génocide.
Ce livre donne leur place aux voix qui se sont élevées, souvent
désespérément ou dangereusement, contre l'effacement de la mémoire.
Il révèle un ensemble de textes qui devraient infléchir notre réflexion
sur le témoignage, jusque-là centrée sur l'expérience occidentale de
l'extermination dans les camps. Rendre aujourd'hui justice à ces écrits,
c'est aussi nous permettre de comprendre la Shoah dans toute son
étendue.