Trop de gestion tue le social : essai sur une discrète chalandisation

Les idées libérales progressent aujourd'hui
par le social. Nous n'aurions plus les
moyens économiques de notre modèle
historique et il faudrait donc tout à la fois
réduire la voilure et ouvrir le «marché
du social». Un peu partout, des normes
de «bonne gestion», autrement dit
d'optimisation des dépenses improductives,
s'imposent à tous les acteurs bénéficiant
de fonds publics. Pour tous ceux qui ont
flairé l'aubaine et commencé à faire des
affaires, les idéaux de solidarité nationale
ou d'émancipation individuelle deviennent
des archaïsmes. Il en est ainsi du côté
des personnes âgées dépendantes, des
personnes handicapées, de la petite
enfance, de l'échec scolaire, de la
formation... Comment opèrent en détail
ces changements ? Quelles en sont
les conséquences pour l'action sociale
organisée ? Pourquoi les avons-nous
laissés s'installer en deux décennies ?
Que pouvons-nous et que devons-nous
défendre maintenant ?
À travers l'analyse du nouveau lexique
largement inspiré de l'entreprise qui s'est
imposé dans tout le secteur social (services
à la personne, accès aux droits, démarche
qualité, privilège de l'usager, etc.),
Michel Chauvière montre que celui-ci
est aujourd'hui profondément dénaturé
par un processus de «chalandisation»
qui formate les consciences, sape les
fondamentaux de l'action et prépare à
plus de privatisation des services et
d'autonomie de la gestion. Mais rien
n'est définitivement joué !