Saveurs-savoirs

Qu'il s'agisse des menus composés par Rabelais, du festin
de Salammbô ou de l'odeur subtile de la Balkiss d'Amin Zaoui,
il y a dans les textes littéraires le désir d'offrir un creuset,
un sillon, une aventure gourmande, qui est loin d'être linéaire.
Préparations culinaires de Calixthe Beyala, dictionnaire
d'Alexandre Dumas, code alimentaire de Chrétien de Troyes.
Les saveurs instillent, diffusent et interrogent la langue dans ce
qu'elle fait surgir du goût. Si Nietzsche évoque les effets moraux
des aliments, si Sartre questionne la nausée, si Apollinaire
inscrit l'alcool comme titre de l'expérience, c'est sans doute que
la plongée dans l'exacerbation des sens est une épreuve
esthétique mais aussi une découverte, peut-être une révélation.
Aux suggestions de la madeleine répond le jeu des regards,
fussent-ils incestueux ; à l'effleurement des êtres le tracé du
sel et de l'amer. Que se passe-t-il en bouche chez Linda Lê,
en esprit chez Cyrano de Bergerac ? En quoi ces évocations
multiples viennent-elles interroger la pratique et le sens, les
formes et les genres ? Les livres sont également des livres de
cuisine : écrits d'Archestrate au IV<sup>e</sup> siècle avant Jésus-Christ,
recettes d'Apicius dans l'Antiquité romaine, traités scientifiques
de Maître Martino et de Taillevent. Antonin Carême et Brillat-Savarin
nous initient aux «physiologies et philosophies du
goût». Ainsi se mêlent et s'entremêlent les écrits et les savoirs,
les saveurs et les sensations.
Réunis à Lille, des chercheurs de renommée internationale
ont ainsi voulu échanger leurs connaissances et confronter les
résultats de leurs recherches. Qu'en est-il de la présence des
saveurs et des savoirs dans la littérature ?