La confession d'une jeune fille

Le chemin montait, montait. La chaleur était accablante.
La voiture, découverte et basse, allait au pas, au pas le
plus lent que puissent emboîter deux vieux chevaux
dont le cocher est profondément endormi sur son siège.
La nourrice, voyant que la dame de Valangis dormait
aussi, abrita bien sous son voile de mousseline blanche
la tranquille Lucienne, qui s'était assoupie la première,
et résolut sans doute de bien veiller sur ce cher trésor ;
mais il faisait si chaud et l'on allait si lentement, que,
quand on eut gagné le haut de la côte, et que d'eux-mêmes
les chevaux se mirent à trotter en sentant le
fumet de leur écurie, tout le monde s'éveilla. Le cocher
fouetta ses bêtes pour prouver sa vigilance, madame de
Valangis jeta un paisible et bienveillant regard sur le
voile qui protégeait sa petite-fille ; mais la nourrice, ne
sentant plus rien sous ce voile, rien dans ses bras, rien
sur ses genoux, se redressa d'un air effaré et resta sans
voix, les yeux hagards, demi-morte et demi-folle :
l'enfant avait disparu...
Cette aventure inexplicable avait fait beaucoup de bruit
dans le pays ; mais on l'avait à peu près oubliée quand,
quatre ans plus tard, la nouvelle se répandit que la
petite-fille venait d'être retrouvée aussi mystérieusement
qu'elle avait été perdue.
...