Economie politique (L'), n° 31. Quel patriotisme économique ?

Le patriote, le politique et les économistes
Au début des années 1960, le grand économiste libéral
Michael Angelo Heilperin rappelait que les gouvernements
«se sont presque toujours manifestés comme intervenant
dans la finance et le commerce internationaux». Pourquoi ?
Non pas tant parce qu'ils «désirent l'isolation internationale
pour elle-même, que parce qu'ils désirent être libérés des
"effets perturbants" de l'interdépendance économique internationale».
Un objectif que semble partager - avec modération - le gouvernement
français actuel avec son «patriotisme économique»
fondé sur une liste de secteurs et d'entreprises
dont il souhaite conserver les centres de décision en France.
Pourtant, à entendre le président de la Commission européenne,
José Manuel Barroso, ou Jean-Philippe Cotis, économiste
en chef à l'OCDE, on a l'impression que la France a
réveillé la bête immonde d'un nationalisme économique
belliciste, totalitaire et collectiviste !
Face à ce débat, les économistes français sont restés silencieux.
Sept d'entre eux réagissent ici. Tous, sauf Jacques
Sapir, refusent le recours à des politiques protectionnistes.
Une très grande majorité d'entre eux se satisfont de la mondialisation
actuelle, soit qu'elle leur paraisse bénéfique,
soit qu'elle soit présentée comme source de contraintes
incontournables. Seuls Olivier Pastré refuse un internationalisme
sans contrôle, tandis que Roger Guesnerie appelle
à dépasser «le paradigme de l'échange entre nations
mutuellement avantageux» pour instaurer un «mieux de
commerce» qui reste encore à définir...
Ch. Ch.