Lo libre de vita

Document exceptionnel que ce Libre de Vita , dont le
manuscrit original est conservé aux Archives de Bergerac et
constitue l'un des éléments essentiels du patrimoine de cette
ville du Périgord. Son auteur, Johan Thoyr, notaire public et
secrétaire du consulat de Bergerac, y transcrit minutieusement
cent vingt dépositions des torts faits à la population sous le
ressort de la juridiction de la ville entre 1379 et 1382.
Certes l'époque est troublée - nous sommes en pleine
guerre de Cent Ans : en 1345, la ville est pour la première fois
de la guerre assaillie et prise par les troupes du comte de
Derby. En 1377, le duc d'Anjou vient la replacer dans la mouvance
du roi de France. Devant les murs de Bergerac, ou non
loin, passent des troupes en opérations, plus ou moins menaçantes,
qu'il faut contribuer à ravitailler.
Mais ce ne sont pas à proprement parler les violences causées
par le conflit qui sont consignées dans Le Livre de Vie :
issus de garnisons déclarées anglaises ou françaises, les
piètres auteurs des exactions sont des gens d'armes qui se
maintiennent dans les châteaux, lorsque se sont retirées les
troupes régulières, ou bien des seigneurs et des capitaines qui,
jouant de la faiblesse de l'autorité royale, ne songent qu'à servir
leurs propres intérêts, ou bien encore de simples valets,
des compagnons pillards qui volent, violent, rançonnent pour
tromper l'ennui des périodes de trêves et surtout pallier la précarité
matérielle où ils se trouvent...
L'édition du Livre de Vie présentée ici a le mérite d'offrir
au lecteur d'aujourd'hui le texte en occitan dans une nouvelle
transcription de Jean Roux, philologue et professeur
d'occitan, enrichie de notes détaillées sur le texte, les noms
de personnes et de lieux ; une traduction, nouvelle elle aussi,
de Bernard Lesfargues, linguiste et poète occitan du
Bergeracois ; et une étude de Yan Laborie, assistant de
conservation du patrimoine au musée de Bergerac, qui replace
Le Livre de Vie dans son contexte historique, politique et
social.