Solitude et communion : IVe-VIe siècle. Vol. 1. Fuite du monde

Solitude et communion : IVe-VIe siècle. Vol. 1. Fuite du monde

Solitude et communion : IVe-VIe siècle. Vol. 1. Fuite du monde
2016373 pagesISBN 9782204109796
Format: BrochéLangue : Français

Sans pouvoir résumer ici la richesse des analyses proposées par le père

Molinier, retenons-en l'idée directrice, ou plutôt la certitude qui s'en dégage.

Elle mérite toute notre attention, car elle va à l'encontre d'une représentation

très répandue de la vie monastique. On a souvent confondu, en effet, la fuga

mundi du moine avec un contemptus mundi , un mépris du monde. Dans cette

perspective, l'ascèse serait la conséquence d'un rejet de la condition humaine

ordinaire : le moine se situerait lui-même au-dessus et à part des autres hommes,

en quête d'une sainteté personnelle qui ferait de lui un maître dans le domaine

des réalités spirituelles.

L'auteur montre, textes à l'appui, que cette vision est fausse. Le monachisme

chrétien ne s'est jamais reconnu dans une conception élitiste, de type messalien,

privilégiant l'extase ou d'autres états exceptionnels. En s'enfonçant dans le

désert ou en rejoignant un monastère, le moine n'est animé ni par le mépris

du monde, ni par le désir d'expériences transcendantes. Il tente seulement de

répondre à une inquiétude intérieure forte, qui le rend conscient de sa propre

faiblesse et de sa pauvreté. Il sait que c'est ainsi que, personnellement, il sera

sauvé. Il ne se soustrait pas aux misères communes, mais il les assume, à la

place qui est la sienne, en les centrant résolument sur le type de vie auquel

il a été appelé. Il ne cherche pas à se singulariser, mais à accepter son chemin

d'humanité. Sur ce chemin singulier, il est « uni à tous » et surtout à ceux qui,

comme lui, font l'expérience de leurs limites.

Car du sein même de son enfermement - dans un tombeau, un habit, un lieu

définitif, ou dans le « non-lieu » du désert ou de l'exil -, le moine découvre

aussi la possibilité d'une liberté intérieure, d'une plus grande simplicité, d'une

communion universelle. Il n'a pas besoin de communiquer avec beaucoup de

ses semblables pour les connaître en se reconnaissant en eux. Sa solitude est le

lieu paradoxal où il rejoint chacun, visiblement ou invisiblement. Il ne fuit pas

le drame de l'existence ordinaire : il y descend, suspendu au fil de la prière. S'il

s'enfonce dans la solitude, ce n'est pas en se séparant radicalement des hommes,

mais en les retrouvant par d'autres chemins. Creusant le puits de sa vocation

propre, il atteint les eaux d'un lac souterrain, d'un amour sans frontières.

Ce livre est proposé par (0) membre(s)
Ce livre est mis en favori par (0) membre(s)