Albert et Elisabeth de Belgique, mes parents

Il arrive aux reines d'avoir du talent. Ce fut le cas, on le sait, de la reine Elisabeth de Belgique dont il est ici question, mais sa fille n'est pas en reste. Marie José, reine d'Italie, se révèle dans ses souvenirs une <<plume/>> doublée d'un fine observatrice de la vie d'une cour (celle de Belgique) peu banale en des années moins banales encore. Elle sait transmettre ce qu'elle a vu en phrases précises, simples, justes et nous la suivons dans les heures heureuses ou malheureuses, souvent contraintes, de l'existence d'une petit fille dont, plus que d'une autre, on attendait qu'elle soit modèle.
Jamais elle n juge ses parents ; ni la réserve maladive d'Albert ni le gracile enjouement d'Elisabeth qui fait £fi parfois des timidités, ne sont rendus avec le ton dur du reproche. Au contraire, on voit s'élever la stature du roi (qui détestait tant qu'on l'appelât chevalier) et rayonner la reine musicienne, fine, élégante, farceuse, aussi décidée à vivre que son époux paraissait se destiner au sacrifice.
De l'enfance de Marie José on fait un roman : un peu de Thomas l'Imposeur à la Panne (Léopold futur Léopold III, avec son visage de <<jeune fille="" sage=""/>> lui ressemble comme un frère), beaucoup de Proust à Paris où la comtesse Greffulbe semble donne de la voix dans des bagarres idéologiques, telle une soprane dans un opéra.
Albert et Elisabeth de Belgique c'est aussi - peut-être surtout - un grand livre d'Histoire où l'on voit que les têtes couronnées comme les enfants aux cheveux d'un blond filasse sot emportés par une muse cruelle, folle, qui jette les destinées dans le monde tels des dés.
Ce 'était que le début d'un rêve confus et de l'âge dit adulte.
Yves-William Delzenne
(Extrait de l'introduction)