Art du comprendre (L'), deuxième série, n° 23. Lumières et anti-Lumières au Royaume-Uni

Les Lumières britanniques se distinguent des Lumières françaises par des
motifs, des enjeux et une tonalité qui leur sont propres. Si la critique des
autorités et l'appel à la seule sanction de la raison les rapprochent, l'attitude
vis-à-vis de la religion est très différente dans les deux pays. Alors qu'en
France, les «philosophes» sont critiques envers le phénomène religieux et
professent parfois l'athéisme, comme le font d'Holbach ou Diderot, en
Angleterre le débat tourne surtout autour des rapports à établir entre religion
naturelle et religions révélées. La question de la «succession protestante»
est au coeur des discussions politiques, tandis que depuis Toland, la
réflexion sur la tolérance passe au premier plan.
Au Royaume-Uni, leurs partisans comme leurs adversaires admettent certaines
idées des Lumières, tout en en critiquant d'autres. Ainsi, Shaftesbury
prône la tolérance et la seule autorité de la raison, mais il admire la tradition
platonicienne. Burke est un whig , pourfendeur des intrigues de cour ; pourtant,
il s'érige en adversaire acharné de la Révolution française. Hume et
Berkeley représentent à certains égards les Lumières ; néanmoins, Hume critique
la religion naturelle, si importante pour les philosophes des Lumières
britanniques, quand Berkeley reste un partisan de la religion révélée. John
Stuart Mill s'affirme comme un partisan déclaré des Lumières ; penseur de
l'utilitarisme, il n'en juge pas moins abaissante toute recherche du bonheur
qui n'appelle pas au dépassement de soi. Carlyle, bien que dans sa jeunesse,
il eût lu avec ferveur les Lumières françaises, en devint un critique acerbe sur
le plan moral et politique : une évolution qu'avait également suivie Coleridge.
Ce nouveau numéro de L'Art du Comprendre s'attache donc à montrer
autant la variété que l'ambivalence des auteurs de l' Enlightenment. Il
permet de souligner l'importance d'une tradition éclairée au Royaume-Uni,
laquelle peut encore nourrir le débat toujours actuel sur les Lumières.