La seconde femme de Pouchkine

Pouchkine, « notre tout », selon la formule ritualisée russe, n'est pas le tout de l'oeuvre de Droujnikov, mais il y apparaît souvent. Le professeur Droujnikov était un pouchkiniste plutôt iconoclaste. Quant à cette fantaisie burlesque, elle fera grincer des dents les puristes. Quoi ? Imaginer qu'une jeune femme détraquée sexuelle se fait fabriquer un Pouchkine de bois, avec tous ses attributs masculins (dont il n'était pas peu fier), couche avec lui, et a même un fils de lui ? Enfin, pas tout à fait, car pour l'engendrement, il a quand même fallu un « donneur »... Et comme Droujnikov adore entrelacer Russie et Amérique, et que son don d'observation est égal pour l'une et l'autre, le donneur sera un étudiant de Berkeley qui fait sa thèse sur « le féminisme de Pouchkine », tandis que la bénéficiaire sera une des guides du Musée de la rue du quai Moïka, n° 12, à Saint-Pétersbourg, la dernière demeure du poète.
Moeurs soviétiques subsistant sous la « démocratie », où tout est devenu vénal, moeurs californiennes où d'habiles plaideuses peuvent déplumer un nigaud, puceau de surcroît - l'humour est vraiment au rendez-vous. Tout l'art d'un conteur-né est là : drôle à en pleurer.