La philosophie transcendantale de Gilles Deleuze

La philosophie de Deleuze est la cible des mêmes critiques
que celles adressées aux penseurs qui l'inspirent. D'un côté,
parce qu'avec Nietzsche Deleuze met en question l'idée même
de vérité, il se voit accusé de relativisme et, par là, de rechuter
dans un scepticisme inconséquent parce qu'autocontradictoire.
D'un autre côté, parce que, se réclamant de Spinoza, il
affirme l'univocité de l'être, on le soupçonne d'un retour
dogmatique à la métaphysique et à l'ontologie. Sous ce double
éclairage, Deleuze apparaît alors comme une sorte de penseur
précritique, perdu au milieu du XX<sup>e</sup> siècle.
L'ambition de ce livre est de montrer qu'au contraire, loin
d'ignorer la critique kantienne, le projet le plus général de la
philosophie de Deleuze est celui de son achèvement, mais en
restant sur le terrain transcendantal, le seul qui échappe au
relativisme sceptique comme à l'affirmation dogmatique - au
prix d'un remaniement profond du champ transcendantal.
Critique transcendantale achevée, la philosophie de Deleuze
est libérée des soupçons qui pesaient sur elle et peut apparaître
telle qu'elle est : une philosophie résolument moderne.