Ne me sois que douceur : poèmes

S'il en est un qui sort des sentiers battus, c'est bien Daniel Ancelet : cent pages
lui suffisent pour dresser le tombeau du pape, d'Apollinaire et d'un enfant martyr,
à célébrer le roi des papillons et le drapeau de l'Europe, les canards boiteux, une
belle et son chien, une vaillante petite fourmi, un rossignol espagnol, les enfants
d'un placard, la fille du train d'en face, un poulpe en mal d'amour, le tire-bouchon,
les jeans à la sauce hugolienne, une note bleue, une cité verte, l'esprit
de l'escalier, le sexe des mouches, la xylophonie, l'ombre de Paul-Jean Toulet
dont le rayonnement, loin de s'éteindre, ne fait que s'étendre, le chien des
Pyrénées, un clocher qu'il ne veut pas laisser sous cloche, la goutte d'eau d'une
vallée de larmes qu'il tient à illuminer d'un sourire, et à composer l'éloge du
e muet. Les mauvaises langues diront qu'il aurait mieux fait de commencer par là.
Rien en lui n'est moderne : ni son amour des classiques, ni la respectueuse
admiration qu'il voue à ses maîtres d'harmonie, ni son obstination à défendre et
célébrer les poètes de l'École fantaisiste dont il se veut l'élève attentif.
Il écrit pour le plaisir, pourvu que celui-ci soit partagé, ainsi qu'en témoignent,
entre autres, cette lettre d'une lectrice qui manifeste son enthousiasme en ces
termes : « Votre dernier recueil de poèmes m'a enchantée et je vous y retrouve
avec plus de profondeur sans doute que dans vos premières oeuvres, mais avec la
même fraîcheur et cette mélancolie douce et bien timbrée et souvent avec un
humour décapant. Tout cela compose un bel ouvrage bien ciselé », et ce véritable
cri du coeur d'un lecteur qui avoue tout à trac : « Le plaisir que j'ai puisé dans
votre plaquette que je viens de lire à tête reposée : c'est de l'excellente poésie, en
même temps qu'une prouesse technique. Mais avant tout vous prenez place dans
la lignée des vrais poètes français qui semblait s'être interrompue. Poète et
témoin de votre temps, vous ne pouvez que réjouir les amoureux de la langue et
de la tradition de notre beau pays. J'ouvre souvent vos recueils : j'y vais puiser
des vers dont j'orne les enveloppes (recto ou verso et parfois recto et verso) des
lettres que j'envoie à mes amis. Ceux qui découvrent vos vers y sont sensibles, et
peut-être qu'à l'occasion, ils ensoleilleront la journée d'un employé des Postes... »
et qui ajoute ce merveilleux coup d'archet :
Quand j'avalerai mon ticket,
Pour rendre au ciel une âme pure
Je me dirai dans un murmure
Des vers de Daniel Ancelet !