Etudes sur Britannicus

Si Racine est certainement l'auteur auquel se sont le plus intéressés les
tenants de la «nouvelle critique», Britannicus est non moins certainement
celle de ses tragédies qui a le plus retenu leur attention. Trop heureux
de trouver dans le théâtre de Racine une pièce qui, par certains de ses
aspects, paraissait répondre tant bien que mal à l'image qu'ils voulaient en
donner, ils ont cherché à utiliser Britannicus comme une sorte de lit de Procuste
pour essayer de ramener toutes les tragédies de Racine à une structure commune.
Ce faisant, ils ont totalement méconnu la spécificité d'une tragédie
qui, moins que tout autre peut-être, pouvait être considérée comme une sorte
de modèle de la tragédie racinienne. C'est, au contraire, cette spécificité que
ce livre a voulu souligner en insistant tout particulièrement sur la singularité
du personnage de Néron, que l'on ne saurait vraiment comparer à aucun
autre personnage de Racine, comme sur celle de la situation dans laquelle il
se trouve : celle d'un empereur qui est parvenu au pouvoir non par sa naissance
ou par ses mérites, mais par les intrigues d'une mère qui ne l'y a fait
parvenir que pour l'exercer elle-même par fils interposé. Cette double singularité
interdit de voir, avec certains commentateurs ou certains metteurs
en scène, dans Britannicus une pièce essentiellement politique.
Pas plus que dans ces précédents livres, l'auteur de ces Études ne prétend
être le premier à avoir compris l'oeuvre qu'il a analysée. Il croit pourtant
avoir contribué à apporter quelques lumières nouvelles, non seulement sur
des points de détail, mais aussi sur des aspects plus importants, voire essentiels,
de la pièce, en montrant notamment que, si le meurtre de Britannicus
est un crime logique, dans la mesure où il est celui d'un criminel né, il n'en
garde pas moins un caractère accidentel, dans la mesure où, pour son premier
crime, Néron a besoin qu'on l'aide à franchir le pas, et c'est à quoi, en
même temps que Narcisse, s'emploie le dramaturge par la façon dont il règle
le déroulement de l'action, au triple bénéfice de l'intérêt psychologique, de
l'intérêt dramatique et du sentiment du tragique.