Le fjord. Sebregondi recule

Même Sebastián, exsangue, tenta un semblant de sourire lubrique
qui était une véritable élégie aux tremblements de terre charnels,
à l'exercice ou non de la procréation. C'est alors qu'il apparut.
Après avoir mis en charpie la chair rose de la tirelire de sa mère,
Carla Greta Terón. Une tête rachitique. Une petite bouche pas plus
grande que la pointe d'un crayon. Mais des yeux immenses.
Immenses de splendeur de tristesse, de grandeur : Atilio Tancredo
Vacán, sa tête apparut.
Avant Lamborghini, je n'avais jamais lu de livres représentant aussi bien le
cauchemar politico-cocaïno-anal-carnassier qui ronge le cerveau de presque
chaque Argentin, qu'il soit de la haute ou du lumpen-prolétariat. Plus qu'un
Hubert Selby Jr. ou un Céline, Lamborghini est un Brueghel sud-américain.
Vivement que cette première traduction soit suivie par celle du reste de son
oeuvre, dont les éjaculations argotiques défient joyeusement les règles de la
langue. Presque méconnu de son vivant, cet écrivain est devenu depuis la
référence ultime de toute une jeunesse argentine en quête de radicalité.
Gaspar Noé
La première et l'ultime question qui surgit avant toute autre, lorsqu'on lit ces
pages, est : «comment peut-on aussi bien écrire ?» Il me semble qu'une
prose parfaite transcende les qualités esthétiques le simulacre d'achèvement.
L'oeuvre d'Osvaldo évoque l'authentique perfection.
César Aira