Mauvaises nouvelles

«Quand je rentre de vacances cette année-là,
l'une des chattes du jardin a eu deux petits.
Le lendemain de mon retour, je monte dans ma
voiture et je mets le contact. J'entends un coup
sourd à l'instant où le moteur démarre ; c'est
une jeep, plutôt puissante et bruyante, mais
j'entends ce coup à l'avant, dans le moteur, et
je ne crois pas un instant à un ennui mécanique.
Je dégringole dehors, en même temps
qu'un tout petit chat s'enfuit à l'abri, sous la
maison. Par terre, sous la voiture, il y en a un
autre, immobile. À plat ventre, je tends la main
pour l'attraper ; il a encore ces yeux bleuâtres
des très petits chats. Je l'emporte chez moi, je
reste assise avec lui dans mes mains, je le
regarde convulser. Il n'émet pas un bruit, et sa
tête roule sous mes doigts, toute molle. Je ne
sais pas quoi faire pour le sauver. Je ne peux
pas le laisser comme ça. Alors, tout doucement,
je le tue.»