Ecrire à l'infinitif : la déraison de l'écriture dans les romans de Williams Sassine

À chaque fois qu'il avait été interpellé à propos des « littératures »
et de ses propres oeuvres, Sassine ne se fatiguait jamais à
reprendre obsessionnellement une phraséologie répétitive : un auteur
africain est un « écrit-vain ». L'ironie qui accompagnait l'énonciation
n'a jamais semblé gratuite. Bien au contraire, ce qui passait pour une
boutade ou bien pour un « trait de caractère » a fini par devenir un
leitmotiv symbolique. L'identité modale se transformait ainsi en une
«actantialisation» progressive. Il suffit d'observer la présence continue
et perlocutoire de la « machine à écrire », pour admettre qu'elle
l'atteste à maintes reprises, notamment dans Mémoire d'une peau.
Les réflexions présentées dans cet ouvrage ont été inspirées et
soutenues par des échanges suscités par Williams Sassine lors de sa
« résidence d'écriture » à Limoges (octobre-novembre 1991). Elle
s'appuient sur les oeuvres majeures : Saint Monsieur Baly (1973),
Wirriyamu (1976), Le jeune homme de sable (1997), Le Zéhéros n'est
pas n'importe qui (1985) et Mémoire d'une peau (1998).