Je suis un phasme

«Je suis à genoux, attachée dans un garage, bâillonnée,
menacée par un homme muet et déguisé. J'ai vite perdu
l'idée de m'échapper, j'ai essayé de ne pas m'étrangler
avec ma salive. Des heures, il m'a regardée, assis sur les
petites marches qui devaient rejoindre sa cuisine. Trois
fois, il s'est levé pour aller fouiller le frigidaire au fond du
garage et prendre une bière, presque sans me quitter du
regard. Sans lâcher son pistolet. Je n'ai pas bougé et très
vite mon corps s'est transformé en fourmillement [...].»
Je suis un phasme est le récit d'un traumatisme consécutif
à une séquestration inexpliquée. Dans cette nouvelle,
la première des cinq qui composent le recueil,
l'auteur analyse les ressorts de l'angoisse en montrant
comment un événement hors du commun peut révéler
la peur diffuse qui se dissimule dans nos vies, cette peur
«pleine, obèse», héritée de l'enfance, et prête à ressurgir
à tout moment.