Europe laitière : valoriser tous les territoires pour construire l'avenir

L'élevage laitier reste une activité économique majeure pour le maintien de l'emploi et
du tissu rural dans près de la moitié des régions européennes. Il valorise un tiers des
surfaces agricoles , notamment en zones défavorisées, contribuant aussi à la production
de biens publics essentiels : l'eau, l'air, le sol, la biodiversité et le paysage.
Et pourtant, l'Europe laitière s'enferme dans une double impasse.
Impasse socio-économique d'abord. Alors que la plupart des grands pays confortent leur
marché interne, l'Europe a décidé d'abandonner la préférence communautaire et les
quotas laitiers. Elle s'aligne sur les règles de l'OMC, espérant renforcer sa place sur un
marché mondial de beurre et de poudre, marginal en volume et en valeur. Ce faisant, elle
accentue la volatilité du prix du lait et impose une compétition mortelle pour la majorité
des producteurs.
Impasse environnementale et territoriale ensuite. Avec le modèle «Holstein-maïs-soja»,
la PAC a favorisé la spécialisation et l'agrandissement des troupeaux, ainsi que leur
concentration dans les plaines labourables aux dépens des zones herbagères et des
races plus rustiques produisant du lait et de la viande. La fin des quotas va amplifier
l'industrialisation et la concentration, accélérant l'exode rural et le changement climatique,
mais aussi la perte de biodiversité et de patrimoine culturel, notamment dans les
nouveaux pays membres.
Pour sortir de cette double impasse et pour préserver une Europe et une planète
vivables pour nos enfants , il faut opter clairement pour la souveraineté alimentaire ,
celle des 500 millions d'Européens et celle des pays en développement. Il faut aussi
encourager un élevage valorisant davantage les prairies et les ressources locales. Il
n'est pas trop tard pour décider d'une autre politique laitière et rurale, plus conforme
au traité de Lisbonne , avec le soutien du Parlement européen et la mobilisation de tous.
De formation agronomique, André Pflimlin a travaillé à l'Institut de l'élevage de 1970 à
2009. Depuis 2001, il était coordinateur des projets de recherche-développement en
Europe. Promoteur de la prairie et du trèfle, il a été président de l'AFPF en 2008-2009.