Marie-Antoinette : anthologie et dictionnaire

À la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, Rousseau a montré pour
la première fois dans ses Confessions la vérité d'une
existence qui cherche à se définir comme la
conséquence d'une histoire individuelle, et non comme
l'inflexion singulière d'un modèle universel. À la même
époque, Diderot a réclamé de la littérature «quelque
chose d'énorme, de barbare, de sauvage», c'est-à-dire
de vastes horizons, des passions naïves et une libération
du génie et des corps. Ainsi Marie-Antoinette
(1755-1793) est-elle le miroir éclatant de son siècle :
nulle femme ne fut plus violemment aimée, ni traquée ;
rien de sa vie privée ne nous échappe, et, dans sa
trajectoire, un conte de fées qui vire à la poésie
tragique, c'est bien la barbarie qui nous frappe encore.
Dès l'enfance, Marie-Antoinette a acquis le statut
de personnage de roman. Si elle fut à la hauteur d'un
destin d'exception, elle n'a jamais cessé de déborder
du côté de la légende : sensible, sensuelle, excentrique,
martyre, et bouleversante comme toute femme qui
a eu à lutter, dans un combat perdu d'avance, contre
les préjugés nombreux et la calomnie générale.
Afin de rendre son visage à une reine que les
Français ne cessent de redécouvrir, et de lui restituer
ses couleurs et leurs nuances, Catriona Seth, auteur
du «Dictionnaire» qui clôt ce volume, a réuni les
plus grands textes, parfois introuvables, souvent mal
connus, qui ont établi Marie-Antoinette à son rang.
De Germaine de Staël à Léon Bloy, d'Isabelle de
Charrière à Jules Barbey d'Aurevilly, mais encore
Chantal Thomas, tous ont célébré une femme qui
a eu le mérite de mourir comme elle avait su vivre :
avec l'insolence de la grâce.
Stéphane Barsacq