Revue germanique internationale, n° 13. Phénoménologie allemande, phénoménologie française

Revue germanique internationale, n° 13. Phénoménologie allemande, phénoménologie française

Revue germanique internationale, n° 13. Phénoménologie allemande, phénoménologie française
Éditeur: CNRS Editions
2011233 pagesISBN 9782271071026
Format: BrochéLangue : Français

Peu de courants philosophiques ont eu une influence comparable,

en France, à celle de la phénoménologie. Mais dans cette histoire désormais

séculaire, on ne peut plus parler d'une simple «réception» française d'une

pensée «allemande». Certes, les oeuvres fondatrices de Husserl, Heidegger et

Scheler ont fait l'objet de grandes interprétations ou relectures dont les études

rassemblées ici marquent tantôt les malentendus, tantôt les écarts délibérés,

les innovations et déplacements. Mais cette appropriation a été d'une telle

nature qu'elle a produit des effets en retour sur la pensée allemande : ainsi

la phénoménologie de l'expérience de l'étranger développée par Bernhard

Waldenfels ne cache-t-elle pas sa dette vis-à-vis de l'inflexion éthique de la

phénoménologie chez Levinas, et l'interrogation contemporaine en direction

d'un «empirisme transcendantal» puise-t-elle aussi bien chez Levinas et

Derrida vus comme «empiristes radicaux» que chez un philosophe français

dont le style et le parti-pris antiphénoménologiques ne doivent pas masquer

l'affinité avec certaines exigences husserliennes, Gilles Deleuze.

C'est aussi à propos d'une tendance de la phénoménologie française

(Levinas, Marion, Michel Henry) qu'a éclaté la mise en cause d'un «tournant

théologique», que l'on peut aujourd'hui réinterroger en revenant sur

les décisions originelles des fondateurs en direction d'un «athéisme

méthodologique» ou d'une détermination a-théologique du «donné». Mais

c'est aussi bien le rapport de démarcation vis-à-vis de toute «anthropologie»

qui peut être reconsidéré, à la lumière des oeuvres qui ont assumé une

«ré-anthropologisation» de la phénoménologie de la conscience du temps

(Ricoeur, Blumenberg) ou tenu qu'une «phénoménologie pure» était une

impasse. L'actualité de la méthode phénoménologique, peut-être au risque

d'un «tournant anthropologique», s'éprouve alors sur sa faculté à ouvrir à la

compréhension fine d'objets empiriques et sociaux faussement évidents, tels

que l'habitude ou la violence.

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