Architectures agricoles : la modernisation des fermes, 1945-1999

En un demi-siècle, la société paysanne a connu une mue stupéfiante, dont les
effets se sont lus rapidement et violemment dans les paysages. Tandis que les
remembrements remodelaient les territoires au gré des nouvelles pratiques
agricoles, la standardisation gagnait les édifices désormais bien éloignés de la
diversité des constructions ancestrales. Si cet aboutissement est bien connu, les
raisons et les modalités qui l'ont produit demeurent opaques.
En prenant les édifices à témoin, cet ouvrage révèle les ressorts politiques,
économiques et réglementaires de cette véritable transmutation, depuis les
grandes orientations générales jusqu'aux interprétations locales. En analysant une
modernisation délaçant progressivement ses liens avec les territoires, il montre
comment les évolutions de l'architecture agricole, travaillées par l'esprit des Trente
Glorieuses où elles s'inscrivirent, relevèrent d'une idéologie du progrès réunissant
de manière ambiguë aussi bien des militants à l'incontestable générosité que
les dépositaires d'intérêts bien peu précautionneux. Mais s'il revient sur le rôle
déterminant de l'État et sur l'apparition de nouveaux acteurs dans le monde rural,
il ouvre à une réalité ignorée où les résistances et les ajustements rusés des héritiers
de la tradition, capables d'étonnantes adaptations, eurent toute leur place.
Cet ensemble complexe est décrit et élucidé jusqu'au surgissement des questions
environnementales, qui provoquent un nouveau tournant dont le bâti agricole
s'avère être à nouveau un marqueur pertinent.