L'Argentine des piqueteros : une expérience partageable ?

Si, au départ, le mot piquetero désigne des chômeurs ayant une
conscience de classe, aujourd'hui il s'agit plutôt d'un ensemble aux
multiples facettes.
On y trouve, bien entendu, les chômeurs et leurs familles, et
aussi tous les précaires et les «employés» (la définition officielle
de l'emploi étant un minimum d'une heure hebdomadaire rétribuée)
vivant sous le seuil de la pauvreté. Sont compris également
les peuples originaires du Nord et du Sud, dont les terres sont la
proie des grands propriétaires et des multinationales (pour planter
du soja, majoritairement transgénique, ou élever des moutons
pour la laine de Benneton).
Les piqueteros sont les exclus du système néolibéral relevant la
tête pour s'organiser et résister, mais qui se laissent bien des fois
amadouer par les promesses creuses (accompagnées d'enveloppes)
du parti au pouvoir.
Depuis 1996-1998, ils maintiennent leurs demandes de travail
juste et digne, face à la surdité et la cécité permanentes de tous les
grands partis politiques (fidèles aux multinationales), la pauvreté
endémique et des subsides squelettiques, le chômage et les
emplois précaires (surtout ceux du gouvernement), la menace et la
présence de la faim, la dénutrition infantile, la hausse du narco
trafic, la «gâchette facile» des différentes polices.
C'est l'instinct et l'expérience de la survie qui les obligent à
militer ensemble, à chercher à construire un autre présent pour un
autre futur.