Science, religion et politique dans l'utopie libertine

Une théorie de la politique n'existe pas dans la pensée libertine surtout
interessée à l'élaboration d'un modèle de morale concentrée sur la
dimension de la vie privée.
Pourtant à l'intérieur de cette tradition dans la deuxième moitié
du VII<sup>e</sup> siècle en France, s'amorce un filon à cheval entre utopie et
roman d'aventure dans lequel apparaissent des formes d'organisation
sociales modelées selon les principes de la liberté, égalité, tolérance qui
constitueront les mots d'ordre des philosophes des lumières.
Des auteurs autrefois célèbres et puis vite disparus du débat
culturel comme Gabriel de Foigny, Denis Veirasse, Simon Tyssot
de Patot et Cyrano de Bergerac, sorti de l'oubli surtout grace à
la pièce de Rostand, placent sur la Lune ou le Soleil, dans l'encore
non découverte Australie, dans les déserts glacials du Groenland, des
peuples qui pensent, vivent se rapportent à Dieu selon les «impies»
enseignements de Descartes, Gassendi et même Spinoza. Chantres
d'une liberté qui déborde de l'espace étroit d'une «arrière-boutique»
pour constituer le moteur de tout progrès intellectuel, moral et politique.
L'impératif libertin à «librement penser» est prêt à se traduire dans
l'impératif déjà révolutionnaire à «librement vivre», à partir d'une
raison capable de s'élever en législatrice du monde des hommes.