L'insertion : plaidoyer pour une clinique anthropologique

A quoi servons-nous ? Qu'avons-nous à transmettre ? Au
nom de quoi fait-on ce que l'on fait ? sont les questions que
se posent les professionnels de l'insertion. En les suivant
dans leur quête de sens, on s'aperçoit que trouver sa place et
son identité est une problématique qui dépasse le champ
même de l'insertion. Par contre, l'insertion, production
sociale datée et située, est un révélateur «en négatif» de ce
qu'est devenue notre socio-culture et ce qu'elle pourrait
devenir si elle était réhumanisée. C'est qu'il y a dans cette
quête de sens la nostalgie d'un moi-monde révolu qui
sollicite en son centre dépressionnaire l'émergence d'une
nouvelle socialité. D'un point de vue symbolique, il s'agit
d'un contrat narcissique convenable qui garantit à l'individu
et à la socioculture une humanité en partage. Il s'agit d'un
nouveau rituel initiatique, qui inscrit l'individu dans le
champ social et l'horizon temporel. En prenant soin de
l'humanité en partage chez les individus et dans la
civilisation qui se construit, l'insertion devient une clinique
anthropologique qui ne se limite pas à sa fonction sociale. Sa
fonction symbolique a une inquiétante familiarité avec un
conte de fée pour adultes et une nouvelle ruse de la
civilisation.