Criminalité, police et sécurité publique en République d'Irlande

Criminalité, police et sécurité en République d'Irlande
La République d'Irlande a été pendant longtemps réputée pour son faible taux de
criminalité comparé aux autres pays européens. Pourtant la question sécuritaire
va s'imposer à l'agenda politique dans la seconde moitié des années quatre-vingt-
dix au moment même où la criminalité commence à baisser, après certes, une
montée presque continue depuis le milieu des années soixante. Si la politisation
de la question sécuritaire n'est pas exclusive à l'Irlande, elle prend un relief
particulier dans un contexte de « panique morale », provoquée par les assassinats, à
quelques jours d'intervalles de la journaliste Veronica Guérin et du policier Jerry
McCabe, en juin 1996. Les circonstances qui ont présidé à la création de la Garda
Siochana l'ont très largement « formaté » comme une police d'ordre. Elle était ce
par quoi l'Etat Libre, dont la légitimité était contestée dès sa création, affirmait
sa souveraineté. Les turbulences politiques des années vingt et trente, l'état
d'urgence pendant la seconde guerre mondiale, puis les retombées du conflit en
Ulster ont fait de la sécurité nationale l'objectif central avec les conséquences qui
s'y attachent pour la police : hyper-centralisation, politisation et corrélativement,
faiblesse du contrôle démocratique et absence de toute dimension locale dans la
gouvernance de la sécurité. Mais ces circonstances allaient plus fragiliser la police
et la politique de sécurité que la renforcer. En effet, les pouvoirs publics ne prirent
pas la mesure de l'explosion de la délinquance à partir de la seconde moitié des
années soixante, et la police, insuffisamment préparée aux changements sociaux
et sociétaux des années soixante et soixante-dix, fut prise au dépourvu. Dans
les années quatre-vingts, les pouvoirs publics ne surent percevoir la montée en
puissance de la délinquance et du crime organisé liés au trafic de stupéfiants.
Ce n'est que très récemment que des mesures sont prises dans la logique d'une
approche plus globale, partenariale et territorialisée, afin de répondre plus
efficacement au défi de la sécurité des Irlandais.