Roi sorcier, mère sorcière : parenté, politique et sorcellerie en Afrique noire : structures et fêlures

Roi sorcier, mère sorcière : parenté, politique et sorcellerie en Afrique noire : structures et fêlures

Roi sorcier, mère sorcière : parenté, politique et sorcellerie en Afrique noire : structures et fêlures
Éditeur: Le Félin
2006247 pagesISBN 9782866456184
Format: BrochéLangue : Français

On sait que nombreuses sont les sociétés africaines où la sorcellerie

obsède tous les esprits tant elle apparaît omniprésente du bas jusqu'au

haut de l'échelle sociale. Conçue par la communauté comme une

puissance destructrice tapie dans les entrailles des uns ou inhérente à des objets

que des spécialistes fabriquent à l'usage des autres ou d'eux-mêmes, elle est

vécue par l'ensemble de ses membres comme une menace permanente

d'agression visant leurs corps, leurs biens, leurs vies. Elle en vient à gangrener

tout le tissu social en s'attaquant au noyau même de la cellule familiale puisque,

dans bien des cas, ce sont les rapports de parenté les plus proches, les plus

intimes, qu'elle voue à la dislocation.

L'Afrique connaît aussi, le fait est moins répandu mais il n'en est que plus

remarquable, des systèmes politiques - traditionnels, comme on dit, mais

également des États tout à fait modernes - dans lesquels l'idée d'un pouvoir

efficace, c'est-à-dire capable de contraindre les hommes comme d'agir sur la

nature, est inséparable de celle de possession d'un pouvoir de sorcellerie.

Que peut bien être un roi sorcier ? Eu égard à sa fonction qui est celle du maintien

d'un ordre social dont il est l'un des fondements essentiels, il nous confronte à

un paradoxe que les spécialistes de l'anthropologie politique ont assurément

relevé mais dont ils ont méconnu la portée en le réduisant à une expression

métaphorique du pouvoir fort, voire omnipotent.

Le roi sorcier nous offre du pouvoir une figure doublement paradoxale : garant de

l'ordre, il inclut dans sa personne son contraire ; détenteur de la puissance souveraine,

il est augmenté d'un attribut qui est censé lui conférer une surpuissance.

S'agit-il de compenser une faiblesse toute humaine ou une fragilité

constitutionnelle du statut royal afin d'entretenir chez ses sujets respect et crainte

faute desquels son pouvoir serait largement illusoire ?

S'agirait-il au contraire de cette autre et terrible illusion consistant pour un corps

social à se croire en mesure de donner «effectivement» à son souverain la toute-puissance

et ainsi projeter sur lui toute la violence dont il est lui-même porteur ?

C'est à de telles questions que ce livre tente de répondre.

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