Un demi-pain et un livre : autobiographie d'un poète ordinaire

Quelle époque bénie, les années «80», un souffle d'air frais sur une
France, toujours à l'ombre du «Général», vivotant dans une moisissure
d'après-guerre et ayant digéré «68» avec un petit rot poli. La guerre
d'Algérie, les événements comme on disait, était encore ancrée dans
la chair et les esprits, et un ressac avait rejeté les naufragés du conflit
sur une terre qui ne voulait pas d'eux. La crise du pétrole marqua
définitivement la fin de l'hégémonie gauloise, et le début de la guerre
de dépendance. J'allais sur mes vingt ans, tout juste échappé d'une
fac de Droit où j'avais réalisé que je n'en avais aucun. Ce fut mon
premier job comme auxiliaire aux PTT, et la rencontre d'une paire
de musiciens qui ont ouvert d'autres fenêtres à mes murailles. Mes
premiers francs, à moi, vite envolés dans la nécessaire futilité de nos
apparences, et mon premier plongeon dans ce que je croyais être
l'amour, confondant l'envie et le besoin. Bloqué dans le reflet de mon
identité, je n'avais pas encore trouvé la clef de contact, ce n'étaient
que gesticulations et pantomimes, imitations pour l'assimilation.
Je ne voulais pas forcer la serrure, mais seulement que l'on m'ouvre,
mais ma patte n'était jamais assez blanche.
Toute ma vie était une boîte de nuit, et l'immense videur «black»
répétait sans cesse : «Désolé, mais c'est une soirée privée !» Privée
de moi.