Le polyptique du Jugement dernier, Rogier Van der Weyden : dossier

L'histoire débute au XIII<sup>e</sup> siècle, puis s'interrompt
pendant près de quatre cents ans pour
reprendre de plus belle au XX<sup>e</sup> siècle : le
polyptyque, par son destin comme par sa
forme, brille par son originalité et se distingue
d'emblée par sa complexité. Modèle du genre
et pièce maîtresse d'un ensemble architectural
hors du commun, le polyptyque du Jugement
dernier vaut qu'on s'y attarde : les qualités
plastiques de l'oeuvre de Van der Weyden, la
monumentalité de ses neuf panneaux comme
l'ampleur de son ambition spirituelle suffiraient
à justifier ce choix. En outre, ce «monument»
de notre patrimoine permet d'appréhender
une société au coeur de l'Europe renaissante,
à travers les liens qui unissent l'art au pouvoir,
le rôle de la religion, l'omniprésence de la
mort, l'importance de l'ordre symbolique,
enfin les enjeux économiques d'une production
artistique florissante. Nicolas Rolin, le commanditaire
de l'oeuvre, fut au XV<sup>e</sup> siècle un homme
de pouvoir au royaume de Bourgogne et un
mécène pour les générations à venir. Les
hospices de Beaune dont il fut le fondateur et
le maître d'ouvrage ont été conçues pour
secourir les pauvres et témoigner de la puissance
d'une dynastie. À travers des documents
issus des archives, généreusement mises à
disposition par les hospices de Beaune, grâce à
des informations recueillies auprès d'historiens
d'art et de spécialistes, cet ouvrage se propose
de suivre les linéaments d'un projet qui
dépasse l'espace de l'oeuvre pour étendre
jusqu'à nous la puissance de ses significations
et la permanence de ses questionnements.