L'enseigneur

En entrant, j'ai compris. J'ai
vu leurs jeans et leurs baskets.
J'ai vu leurs fesses en équilibre
précaire au bord des chaises.
J'ai vu leurs torses affalés. Et
leurs chewing-gums. Leurs
yeux vides et leurs regards
morts. Une classe terminale !
Comme chaque premier jour
d'une nouvelle année, je leur ai
posé la question : Qu'est-ce
que ça veut dire, être prof de
littérature ?
Quand j'ai commencé le
métier, tout jeune, je ne me la
posais pas. Je n'imaginais pas
qu'elle pût se poser. Et
paradoxalement, j'avais la
réponse. En vieillissant, je me
suis posé la question et je
n'avais plus de réponse. De
toute façon, m'a dit un jour un
élève , il y a des choses plus
importantes.
Une version légèrement différente
de la pièce est publiée chez le
même éditeur sous le titre Prof !
Les élèves sont comme les animaux :
ils agissent non par intelligence, mais
par instinct...
Ça vous choque ?... C'est pourtant ce
que pense L'enseigneur , par dépit, par
colère, par expérience. Sa carrière -
somme toute banale - a commencé par
l'indifférence des collègues, l'hostilité
des élèves, la méfiance de la
hiérarchie. Elle s'est terminée par
quelques coups de feu décimant la
moitié de sa classe.
Aujourd'hui, condamné par la justice à
une éternelle confession publique sur
les planches des théâtres, il retrace,
avec tendresse et cynisme, les
douleurs et autres désillusions qui lui
ont fait prendre les armes et "tirer dans
le tas".
Bien plus qu'un règlement de compte
avec l'école... et le théâtre.
Romaniste, diplômé d'italien et musicien,
Jean-Pierre Dopagne s'impose depuis
quelques années parmi la nouvelle
génération d'auteurs wallons régulièrement
à l'affiche des théâtres belges. Ses textes
sont également traduits et joués avec succès
dans plusieurs pays européens.