Le luxe privé à Rome et en Italie au Ier siècle après J.-C.

Luxus qualifie l'excès dans le mode de vie, le faste, la débauche. Il est l'enjeu et le thème d'une comédie
sociale qui oppose privilégiés et spectateurs tout en impliquant une certaine connivence entre eux. Si le
luxe est consacré par ceux qui en jouissent, il l'est aussi, et autant, par ceux qui le contemplent sans jamais
pouvoir en disposer. Le luxe n'est pas seulement rareté, vanité, il est réussite, fascination sociale, rêve.
Le développement du luxe a été un phénomène majeur de l'histoire de la Rome républicaine dont il a
bouleversé les usages sociaux et les mentalités, introduisant des conduites nouvelles et suscitant des
réactions extrêmes symbolisées par de grandes figures telles que Caton le Censeur d'un côté, Lucullus et
Crassus de l'autre.
Le luxe, initialement perçu par les Romains comme une importation hellénistique, s'est diffusé à Rome
après la conquête de la Grèce et de l'Asie. La distinction entre luxe privé et faste public apparaît dès lors
capitale, les Romains séparant nettement la magnificentia qui s'exerce dans le domaine public de la luxuria
privée. Alors que le luxe individuel pouvait être condamné, les manifestations du faste et de la puissance de
la res publica étaient louées. Le luxe, phénomène économique, social et culturel considéré au II<sup>ème</sup> s. av. J.-C.
comme déstabilisateur, devint, en tant que faste public, une condition nécessaire au bon fonctionnement de
la vie sociale et politique. Après la fin de la République, quelle fut l'attitude d'Auguste et de ses successeurs,
pris entre magnificentia et luxus ? Le fait que les débats sur le luxe prennent fin au moment où s'achève la
mise en place du régime impérial suggère-t-il que l'enjeu n'était pas seulement la préservation des valeurs
traditionnelles, mais celle de la République comme système politique ?
C'est à ces questions que ce livre tente de répondre en examinant les manifestations publiques et privées
du luxe, notamment celui de la table, celui déployé dans les demeures des villes et des campagnes et celui
des matériaux et objets considérés comme précieux en vertu de leur valeur esthétique, de leur prix, de leur
origine géographique et de leur rareté.